En 1983, pendant les vacances d'été, mon père nous a ammené moi et mon grand frère en Floride. C'était la première fois que je voyageais et que je prenais l'avion. Ce voyage était pour moi un rêve. J'avais 11 ans, j'allais voir la mer pour la première fois et en plus j'allais passer quelques jours a Walt Disney.
A 11 ans j'étais déjà une enfant potelée, plus ronde que la moyenne des petites filles, mais franchement rien d'allarmant. J'avais déjà mes règles et des petits seins.
Ce rêve c'est très rapidement transformé en cauchemar.
Pour l'occasion ma mère qui avait voulu me faire plaisir m'avait acheté ma première paire de talons hauts, il s'agissait de maximum 1cm, ils étaient blancs et je les adorais.
Un après midi ou je portais mes nouvelles chausures, je marchais avec père et frère et j'avais très mal derrière les talons et damnais ces foutus souliers lorsque j'ai vu une femme d'environ 20 ans, qui comme moi devait avoir mal aux petons marchait pied nus les chaussures en main. Immédiatement je dis à mon père ''moi aussi je veux marcher pieds nus, j'ai mal'' et sa réponse, celle qui m'a suivi pendant toute mon enfance: ''elle peut le faire car elle est mince alors personne ne regarde ce qu'elle fait''.
Cette remarque me hante toujours et sans le vouloir a influencé qui je suis devenue comme femme adulte.
Je ne peux pas sortir de chez moi en joggins et baskets, parce que chez moi on le remarque, je suis grosse.
Si un matin je n'ai pas envie de me maquiller ou de me coiffer, je me botte le derrière pour sortir du lit quand même et le faire avant de quitter, chez un ronde, c'est innacceptable.
Avec les années et l'acceptation de mes rondeurs je pense avoir appris à faire la part des choses.
Un après midi de shopping ou au parc ne requiert plus un brushing et l'application d'une palette entière de maquillage. J'ai appris le look casual mais en ronde. Jamais totalement décontracté.
Ce qui m'amène à parler de mes relations avec les hommes.
Professionnellement je travaille dans un milieu ou je dois être bien mise. Je suis toujours tiré à quatre épingles, coiffée, maquillée, vernis et jonché sur des talons pas toujours confos.
Quand je rencontre un homme pour la première fois, je m'assure d'être à mon meilleur, toujours fashion et attirante parce qu'une ronde doit toujours faire cet effort suplémentaire.
Et si mon père avait eu tout faux? Si je pouvais porter un joggins/basket ou encore un short/gougoune sans que la société entière ne m'étiquette de grosse paresseuse moche et bête?
Sommes nous vraiment si superficiel?
Si je me montrais un peu moins parfaite au premier regard de ces hommes que je rencontre, est-ce qu'ils s'attendraient à moins de moi? Aurais-je le droit d'être finalement comme toutes les autres femmes qui elles sont minces? Ou serait-ce inacceptable?
Est-ce que ces hommes auraient l'impression de me découvrir un peu plus, que je suis moins froide ou auraient-ils l'impression que je prend pas soin de moi?
Parce que franchement, je suis épuisée !